Commentaire du BMCC : Budget 2025 et contradiction du Canada sur l'Afrique

Le budget fédéral 2025 expose les aspirations du Canada en matière de compétitivité mondiale, de croissance durable et de diversification des échanges. Sous la surface des points de discussion soigneusement élaborés se cache une vérité qui donne à réfléchir. Le Canada continue d'exclure de sa vision économique l'Afrique, la région la plus dynamique et la plus importante du point de vue démographique du 21e siècle.

Ce budget accorde une attention particulière à l'Europe et à la région indo-pacifique, des régions où le Canada entretient des partenariats de longue date. Il réaffirme l'engagement du Canada à l'égard des États-Unis et d'autres partenaires commerciaux de premier plan. En revanche, il n'y a ni stratégie, ni financement, ni engagement significatif vis-à-vis de l'Afrique.

Cette omission n'est pas seulement une faute morale. Il s'agit d'une faute stratégique.

Les récents événements mondiaux ont démontré les risques qu'il y a à s'appuyer trop fortement sur un nombre limité d'alliés économiques. Les États-Unis se sont montrés imprévisibles en matière de politique commerciale. Le Canada doit prendre cette leçon au sérieux. La diversification ne peut signifier le renforcement du même groupe étroit de partenaires. Elle doit signifier l'ouverture de nouveaux corridors économiques, en particulier avec le continent africain, qui abrite les marchés de consommation à la croissance la plus rapide au monde et qui devrait représenter 25 % de la population mondiale d'ici à 2050.

Le profil actuel des exportations du Canada est dangereusement surchargé :

  • États-Unis : $337B (75,4 %)

  • Chine : $18B (3,9 %)

  • Royaume-Uni : $15B (3,3 pour cent)

  • Japon : $9B (2,1 pour cent)

  • Mexique : $6B (1,2 pour cent)

L'Afrique n'est même pas prise en compte. Il s'agit d'un oubli stratégique qui aura des conséquences à long terme.

En mai 2025, le Canada s'est joint aux ministres des finances du G7 à Banff pour soutenir publiquement l'initiative RISE, dirigée par la Banque mondiale, qui vise à intégrer les pays à faible et moyen revenu, en particulier en Afrique, dans les chaînes d'approvisionnement mondiales en énergie propre. Pourtant, le budget 2025 ne contient aucun plan visant à concrétiser cet engagement. La stratégie Canada-Afrique, publiée au début de cette année, n'est toujours pas financée, n'a pas de plan de mise en œuvre et ne montre aucune intention visible d'engager la diaspora africaine en tant que partenaire stratégique dans l'agenda mondial du Canada.

La récente déclaration du Premier ministre Mark Carney lors du G20 est encore plus révélatrice. Interrogé sur le rôle de l'Afrique dans les plans économiques du Canada, il a répondu qu'il ne s'agissait pas d'une priorité absolue, car le gouvernement a la responsabilité de se concentrer sur le rendement le plus élevé. C'est plus qu'un choix politique. C'est la confirmation publique que le Canada ne considère pas l'Afrique comme un partenaire stratégique, mais comme un marché à faible rendement.

Il ne s'agit pas d'un oubli. Il s'agit d'une décision délibérée de mettre à l'écart un continent de 1,5 milliard d'habitants riche en innovation, en capital humain et en ressources essentielles.

L'Afrique semble être appréciée par le Canada principalement pour l'extraction de capital humain, et non pour le partenariat économique. La stratégie d'immigration du Canada repose de plus en plus sur des professionnels africains hautement qualifiés qui paient des frais d'immigration excessifs pour combler les pénuries de main-d'œuvre nationale. Cette approche épuise l'expertise africaine tout en profitant à l'économie canadienne. Les étudiants africains paient des frais de scolarité internationaux élevés et les travailleurs remplissent des rôles essentiels, mais il y a peu d'investissements réciproques dans le commerce, l'innovation ou les cadres politiques.

Il ne s'agit pas d'un partenariat. C'est de l'extraction.

Si le Canada apprécie vraiment les talents africains, il doit également apprécier les marchés, les entrepreneurs et le leadership africains. Si ce n'est pas le cas, il s'agit d'une relation unilatérale qui s'apparente à de la diplomatie.

Le Canada a besoin d'une nouvelle philosophie commerciale

Le budget 2025 avait l'occasion de rectifier le tir en investissant dans des accords bilatéraux, des programmes d'accès au marché, des innovations menées par la diaspora et le développement des exportations axées sur l'Afrique. Il ne l'a pas fait.

La Chambre de commerce des Noirs manitobains demande au gouvernement du Canada de.. :

  • Affecter immédiatement des fonds à la mise en œuvre de la stratégie Canada-Afrique

  • Élaborer un cadre dédié au commerce et à l'innovation entre l'Afrique et le Canada

  • Intégrer les réseaux commerciaux dirigés par les diasporas dans la stratégie de diversification économique du Canada

  • Faire de l'Afrique une priorité dans les futurs budgets fédéraux, les agendas du G7 et la planification diplomatique.

Le Canada ne peut pas revendiquer de manière crédible le leadership en matière d'équité mondiale, de résilience économique ou de prospérité inclusive tout en excluant le continent africain de sa vision stratégique. Ignorer l'Afrique, c'est ignorer l'avenir.

Deborah-Zita Somakoko

Fondateur et président

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